Bonjour la police

5h45 du matin. S’amorce une autre journée dans votre vie sans produit animal. Un nouveau jour dans un meilleur vous. Une version 2.0 à parfum amélioré.

Votre cellulaire, placé à l’autre bout de la chambre dans une tentative ultime de ne pas snoozer une infinité de fois sonne enfin. Déjà?

En posant les pieds sur votre céramique glacée, vous entendez le déclic de votre cafetière, programmée pour entamer la journée un instant après vous. Vos narines s’emplissent de ce doux arôme. Vous voilà lancé vers une journée magnifique.

En versant le café bouillant dans votre tasse thermo-patentée vous réfléchissez…Certes, votre café, ce n’est que du café. Mais sa fabrication favorise-t-elle la déforestation, l’exploitation d’un enfant né dans un contexte le privant d’éducation, l’extinction des orangs-outans? Cette pensée vous effraie et risque de gâcher votre improbable excellente humeur matinale. Vous la remisez dans un coin poussiéreux de votre cerveau, juste à côté de vos résolutions du Nouvel An.

C’est le cœur léger que vous agripper votre vieille mallette, fidèle depuis les 8 dernières années, mettez le pied dehors, puis embarquez dans votre minoune, aussi vieille, mais aussi fidèle.

À mi-chemin, sortie de nulle part, une voiture vous colle aux fesses, les gyrophares en mode discothèque . La police! Du moins, ça y ressemble. Pas le temps de comprendre ce qui se passe; vous vous rangez sur le bas-côté sans trop savoir pourquoi on vous arrête.

Le policier s’avance vers votre voiture avec une tête de guerrier. Rendu à votre hauteur, il prend le ton le plus menaçant et réprobateur qui soit pour vous lancer: «votre mallette, m’sieur, elle est en cuir. Vous n’êtes pas végan». Vous êtes en sueur et ressentez un pincement au coeur. Misère…c’est votre blonde qui vous en avait fait cadeau de graduation à l’université.

Le malaise s’installe.

Autant dans l’atmosphère que dans votre corps. Le policier vous fixe. Vous échouez. Vous n’êtes pas une bonne personne. Vous n’en faites pas assez pour la cause des animaux.

Il est 5h40.

L’alarme de votre téléphone planqué au pied de votre lit n’a pas encore sonnée. Vous vous éveillez en sursaut.

Un cauchemar.

Vous venir de vivre un épisode typique du syndrome du végan insuffisant.

Le porc.

Le boeuf.

Le poulet.

Appelez-la comme vous le voulez.

Elle est partout.

Mais elle n’est plus là pour protéger et servir.

Elle est là pour scruter vos moindres gestes et décisions et vous trucider à la moindre infraction.

La police végane.

Police Légo

Peut-être y avez-vous déjà été confronté ou peut-être vous est-elle encore inconnue (ce que je vous souhaite), mais ce qu’on appelle la police végane commence à me stresser.

Dans la vraie vie, je n’ai jamais été arrêtée. Je n’ai, à mon actif, qu’un ticket de stationnement. J’angoisse quand je vois une voiture de police, quand elle me suit sur l’autoroute.

Je sue.

Même si je sais que je n’ai rien à me reprocher.

Quand je constate des dérapages quant à savoir où commence et où s’arrête le végétalisme, je m’arrête quelques secondes pour me rappeler, au fond, ce que c’est, le foutu végétalisme. Apparences que c’est maintenant beaucoup plus compliqué qu’avant…

Révisons les bases

Mon but ici n’est pas de blâmer ceux qui prennent tout au pied de la lettre, mais plutôt de souligner à ceux qui inventent sans cesse de nouvelles règles qu’ils tendent à rendre les choses très compliquées pour quiconque veut faire un tant soit peu sa part.

On s’éloigne trop vite et trop facilement de ce qu’est, à la base, le végétalisme. J’en faisais déjà état dans cet article. Pour la peine, rafraîchissons-nous la mémoire.

The Vegan Society définit le végétalisme comme une philosophie et un mode de vie qui exclue, autant que possible et faisable, toute forme d’exploitation et de cruauté envers les animaux pour la nourriture, l’habillement et tout autre objectif et, par extension, c’est une promotion du développement et de l’utilisation d’alternatives non-animales au bénéfice des humains, des animaux et de l’environnement.

Voyez le gras?

Il est pas là pour rien.

Exemple. Tu es malade. Très malade. Du genre une maladie qui risque de te coûter la vie. Mais, hourra, il y a un traitement. Ce dernier a cependant été testé sur des animaux de laboratoire en plus de contenir, je sais pas, disons, de la protéine bovine et du jaune d’œuf. Boycotteras-tu ce remède au détriment de ta vie? Si tu es prêt à te laisser mourir, gloire à toi. Je serais la première à prendre le médicament sachant qu’il me sauvera la vie.

Allez-y, lancez-moi la pierre de l’égoïsme!

De toute façon, si je meure, qui va continuer d’écrire sur le blog? Personne. C’est donc pas à votre avantage.

Le point étant que tout n’est pas barbe à papa dans la vie et qu’il faut parfois faire des choix qui vont à l’encontre de nos valeurs et il arrive aussi que l’on fasse des erreurs. L’important est alors d’en tirer une leçon et d’éviter des les commettre à nouveau. Autrement, c’est un peu crétin.

Là où la police végane me donne des boutons, c’est qu’elle s’attribue le droit de décider qui portera le titre de végane et qui n’en est pas digne.

Tu ne manges plus d’animaux depuis des mois, mais tu as eu une dure rechute SPM hier et tu as englouti un sac de Cheetos? Sorry, tu n’es plus des nôtres.

Tu as gardé le vieux chandail de laine que ta défunte grand-maman adorée t’avais tricoté alors que tu n’étais encore qu’un puceau? Meilleure chance la prochaine fois.

Est-ce que tu marches dans la rue sans faire attention de ne pas écraser un insecte? BRÛLES EN ENFER!

Comme si la vie n’était pas déjà assez compliquée comme ça, on trace au couteau une frontière entre végétalien et végan.

Gare à toi si tu mêles les deux concepts.

Et tu ne peux pas être bi.

Tu joues dans une équipe ou dans l’autre. Jamais dans les deux.

La moindre petite particularité a aujourd’hui besoin de son name tag.

Choisir ses combats

À moins d’avoir une réserve d’énergie plus profonde qu’un puits de pétrole, choisir ses combats est primordial. Vouloir tout mener de front est un gaspillage d’énergie et de productivité.

C’est sur ce point que la police végane gosse. Plutôt que de mettre l’emphase sur le gros problème (a.k.a. le nombre exorbitant d’animaux exploités et tués à chaque jour), elle concentre son énergie sur la moindre petite imperfection qui fait de toi l’ennemi à abattre.

Imaginez si tous ces traceurs de frontières et feseux de règlements s’efforçaient d’utiliser leur pouvoir créatif pour encourager le moindre petit changement?

La police végane intimide. Adopter le lundi sans viande, réussir le défi 21 jours, ne manger aucun produit d’origine animale avant le souper…tout ça, insuffisant.

Reconnaissons que le monde est imperfection. Un effort, de la taille d’une crotte de souris, mérite une tape dans le dos.

Pas une claque dans la face.

Signature

2 réflexions au sujet de « Bonjour la police »

    1. Merci Brocoli! Je ne sais pas s’il faut rire du fait que c’est toujours d’actualité ou s’il faut en pleurer! 😛

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