Comment cacher un secret gros comme une femme enceinte

Je n’ai pas rédigé d’articles depuis des semaines. Vous m’avez potentiellement déjà classée dans votre liste de blogueuses de merde. Pire, vous avez peut-être cru que j’étais morte (merci pour votre inquiétude).

Mais la vérité derrière mon absence trop prolongée est toute autre.

Les derniers mois ont été un feu roulant et le temps a passé si vite…je n’ai rien vu aller! La vérité est que la majeure partie de mon temps était réservée à préparer l’arrivée d’un petit poupon qui s’est pointé le nez début août!

Dans cet article, je n’ai pas l’intention de vous expliquer comment on fait les bébés, mais plutôt de vous partager mon expérience de grossesse en tant que mangeuse aguerrie de luzerne.

Faire des enfants, c’est ti vegan?

Vous pouvez feigner la surprise, voire le dégoût, mais oui, c’est une question fréquente dans la communauté végétalienne. Pour certains, faire des enfants est inadmissible, pour plusieurs raisons.

Une de ces raisons est évidemment qu’en faisant des enfants, on crée un autre consommateur qui utilisera des ressources qui sont, pour certaines, usées à la corde. De plus, rien ne garantit que le dit enfant sera végétalien; il y a toujours une possibilité qu’à 13 ans, il ou elle décide de vivre sur un régime de pizza pepperoni-fromage pour entretenir sa face…de pizza. Et en tant que parents, y’a une limite à ton contrôle. Bien entendu, j’pense qu’en lui inculquant de bonnes valeurs dès son jeune âge, ton enfant risque de les appliquer tout au long de sa vie. Mes parents m’ont appris que voler, c’est mal et j’applique encore le principe.

Sachez aussi que ce que les végétaliens appellent «l’élevage» d’enfants est comparable à la situation des animaux abandonnés. De ce fait, tout le monde serait mieux d’adopter un enfant comme il est primordial, lorsqu’on désire se procurer un animal de compagnie, de le faire auprès d’un refuge et non d’un élevage.

Finalement, certains utilisent un argument que je trouve délectable: le végétalien, le vrai, a tellement d’amour et de compassion pour les animaux qu’il n’a pas assez de place dans son cœur pour un autre être humain. Cet excès de misanthropie fait que le végétalien comprend l’horreur de l’humain et souhaite, à la limite, son extinction.

Il y a quelques années, je n’en voulais pas d’enfants. J’étais égoïste et j’aimais mon confort. On a malgré tout décidé de se lancer dans l’aventure et je ne peux pas expliquer le pourquoi du comment. C’est arrivé, c’est tout. À une époque, je trouvais cruel de faire un enfant dans un monde aussi tourmenté. Sur ce point, je suis d’accord avec les végétaliens anti-enfantage. Le monde est capable des pires atrocités, mais tout n’est pas sombre? Nous ne sommes pas entourés que de pédophiles, meurtriers, bandits à cravates et j’en passe…A-t-on déjà oublié Mère Térésa? Peut-être que votre enfant est celui qui changera le monde pour le meilleur?

Appelez-moi naïve si ça vous chante. Je ne crois pas que tout soit négatif.

Je crois qu’il serait important qu’on en revienne aux bases et qu’on se replonge dans la définition du végétalisme: une philosophie et un mode de vie qui exclue, autant que possible et faisable, toute forme d’exploitation et de cruauté envers les animaux pour la nourriture, l’habillement et tout autre objectif et, par extension, c’est une promotion du développement et de l’utilisation de nouvelles alternatives non-animales au bénéfice des humains, des animaux et de l’environnement.

C’est pas moi qui le dit, c’est le gars qui a inventé le mot.

Deux options se présentent alors. Soit les végétaliens qui sont contre la reproduction se donnent un autre titre (du genre «vegan ascendant environnementaliste avec une propension à la l’asociabilité») soit on revoit la définition du végétalisme pour y inclure une clause de non-reproduction…dans un tel cas je devrais m’en auto-exclure.

La nutrition pendant la grossesse

Quand j’ai envie de déconnecter mon cerveau, je vais sur Youtube regarder des vidéos qui sont plus ou moins pertinents et dont la valeur ajoutée à ma vie est discutable.

C’est du divertissement.

Enceinte, je m’amusais à regarder des femmes gestationnantes me montrer ce qu’elles mangent dans une journée pendant qu’elles concoctent un petit humain 100% dépendant d’elle, pour l’instant, dans leur bedon.

En les regardant, il y a eu des périodes où j’avais l’impression de ne pas être su’a coche point de vue nutritionnel…

Quand on se compare, on se console?

C’est comme scruter les paniers d’épicerie des gens pendant que tu fais la file à la caisse.

Vegan, paleo, omnivore, obèses, crossfiteuses…tout le monde y passait.

Vous le savez, quand on devient végétalien et qu’on l’annonce à notre entourage, tout le monde devient soudainement expert en nutrition.

Mais en fait, c’est pas si grave…Si vous finissez carencé, ça regarde que vous!

Imaginez quand vous tombez enceinte…là c’est une autre histoire! Il n’y a plus que vous, vous n’êtes plus seule! Vous devenez potentiellement dangereuse pour votre fœtus et vous êtes déjà un parent irresponsable! À la limite, vous êtes ignoble.

Meuh oui…

Pendant la création de votre mini-vous, c’est le placenta qui se charge de «nourrir» l’humain en devenir, via le cordon ombilical. C’est votre propre organisme qui se charge de décomposer les aliments et le placenta ramasse le beurre et l’argent du beurre, c’est-à-dire les nutriments, et les fait transiter jusqu’au bébé.

Ce que vous mangez pendant la grossesse a donc toute son importance, c’est vrai.

Sauf qu’en y regardant de plus près, une alimentation végétale (diversifiée et complète, on s’entend), n’est-elle pas plus avantageuse?

En effet, la femme enceinte qui a un régime dit «traditionnel» se verra interdire tous les aliments suivants :

  • Les œufs crus ou peu cuits et les aliments qui en contiennent.

Adieu vinaigrette César maison.

  • Tous les produits laitiers non-pasteurisés en plus des fromages à pâte molle.

Non, vous n’aurez pas de brie fondant au buffet de Noël.

  • Les poissons et fruits de mers (incluant crustacés et mollusques).

Les huîtres ne sauveront plus votre libido et vous ne pourrez que saliver devant le all-you-can-eat de sushi pour le party de 40 ans de votre achalante de belle-sœur.

  • La viande crue ou pas assez cuite.

Ce qui veut dire steak de bottes, hot-dog de bottes, hamburger de bottes, poulet de bottes.

Bottes bottes bottes!

Rapido presto, la maman végétalienne ne mange déjà plus tous ces aliments qui ont un potentiel foetalement dangereux.

Pas de privation…y’a rien de mieux pour maintenir un peu de sanité pendant ces 40 semaines de fuckayage hormonal!

Quand on a quitté l’hôpital moins de 36 heures après l’arrivée de bébé, la pédiatre m’a dit, après avoir pris connaissance de mon mode d’alimentation, que je devais prendre des vitamines parce que…vous savez…la B12.

J’aurais été ravie de lui flasher mes derniers résultats de prises de sang en lui suggérant gentiment de plutôt s’inquiéter du cholestérol de la maman un peu toutoune dans la chambre d’à côté, merci.

Manger pour deux

Ne soyons pas naïves cependant. Une grossesse végétale n’est pas synonyme d’une grossesse plus santé. Avec toute la crap prête-à-manger, il est facile de tomber du train de l’alimentation entière et diversifiée. Bien qu’il ne soit pas dramatique de vider un pot de crème glacée de temps en temps (blâmez les hormones), ça ne devrait pas être votre quotidien. Il ne faut pas non plus oublier qu’être enceinte n’est pas une passe VIP pour manger comme un porc frais. Votre apport quotidien en calories ne devrait augmenter que de quelques centaines de calories…ce qui n’est pas si énorme! Le truc est de continuer de manger selon votre appétit.

Brailler son accouchement

J’ai souvent répété pendant ma grossesse qu’elle était trop facile. Je n’ai pas eu de maux de coeur ou d’envie alimentaire weird ni de fluctuations d’humeurs à rendre mon homme fou. Certes, quelques maux de dos et des chevilles de poupée bout-de-chou vers la fin, mais sans plus…

Tout allait donc pour le mieux.

Et avec le végétalisme me venait simplement l’idée d’un accouchement naturel, sans péridurale, dans une ambiance zen.  Pendant 9 mois, j’ai donc idéalisé mon accouchement parfait et je m’y suis préparée en conséquence à grand coup de méditation et d’auto-hypnose.

Prenez le temps d’aller sur YouTube et vous trouverez une panoplie de vidéos de mamans vegan avec des titres du genre «comment j’ai accouché de mon enfant parfait en 32 secondes dans un bassin de larmes de licorne sans même me décoiffer de ma couronne de marguerites». Une Youtubeuse s’est dite très inspirée par l’accouchement d’une éléphante pour son propre accouchement. Quand on compare le vidéo de l’accouchement du dit pachyderme, qu’elle nous suggère gentiment, avec le sien (parce que oui, son accouchement est disponible en ligne), c’est vrai que ça l’air tout naturel. C’est le cycle de la vie, la loi de la jungle, l’ordre des choses, CQFD maudine!

Mais dans la nature, y’a aussi des mamans qui meurent en couche et des bébés qui ne survivent pas à la sortie. Nous autres, avec notre grande intelligence, on s’est grayé de moyens pour que ce genre de tragédie arrive le moins possible.

Sauf que ça casse le romantisme de la chose en maudit.

Bref, après 8 mois, ma bulle a pété.

POW!

Bébé est en siège. Il se présente par les foufounes.

Femme enceinte

Sur le coup, ce n’est pas grave! Il a le temps de se tourner. Je me suis dit qu’avec un peu d’aide, il la ferait sa pirouette. Alors on commence les inversions, 154 fois par jour. Le chum commence à être tanné de me voir cul par dessus tête sans arrêt.

«Mais ça va fonctionner!» que je me criais dans ma tête…

Les semaines passent et je n’ai toujours pas senti la grande culbute…une amie m’offre en toute gentillesse un soin Rebozo pour détendre mon bedon beaucoup trop stressé. J’ai contacté un acupuncteur, j’ai continué les inversions…en dernier recours, on a même naïvement tenté la version à l’hôpital qui n’est pas sans risque et marche à peu près jamais. Après cette dernière tentative pour faire tourner mon bébé qui a clairement une tête de cochon, on est trop près de la fin pour tenter autre chose…le résident me cédule une césarienne à travers ses broches bien brillantes.

Une.

Césarienne.

Adieu mon accouchement parfait dans mon ambiance parfaite. Ça fait 9 mois que je crois le plus sincèrement que mon corps est fait et est capable de l’accoucher cet enfant-là.

Ben non.

L’hôpital qui me suit ne fait pas d’accouchement en siège, bien que ce ne soit pas si farfelu. On va me charcuter. On va forcer mon bébé à arriver dans le monde à telle date. Que tu sois prêt ou non. Il ne déclenchera pas toutes ces hormones pour starter le travail. Il ne bénéficiera pas de la compression de l’accouchement pas voie basse pour se libérer de ses sécrétions. Il ne sera pas doucement placé sur ma poitrine. Il va arriver de force. On va lui tirer dessus dans une salle froide en chien pendant que sa maman est crucifiée sur une table de chirurgie. Pendant que les infirmières vont l’emmener loin de moi, on va me brocher le ventre comme on broche le paquet de feuilles d’un contrat de vente de char. Question de me laisser une cicatrice qui me rappellera toujours que mon corps, pour je ne sais quelle raison, n’a pas pu t’accoucher, petit humain.

Quand mon bébé est venu au monde, il a chié sur les infirmières. Je me dis que c’est le sentiment qu’il a éprouvé face à son arrivée brutale dans le monde.

Pleins de filles m’ont dit que c’était limite cool une césarienne parce qu’on s’en remet vite.

Mon cul.

Physiquement, je ne peux pas comparer la guérison parce que la fille qui a fendu jusqu’au péteux, elle aussi elle a des points.

Mentalement. La césarienniée doit faire un deuil que la fille qui expulse son bébé par ses génitaux n’a pas à faire. Le deuil d’accoucher son enfant comme la nature l’a prévu. Comme ça devrait toujours se produire.

Aujourd’hui encore…j’la braille ma césarienne.

C’est peut-être moi qui prend trop les choses à coeur, mais mon expérience m’a laissé un goût amer…il m’a semblé que, de nos jours, on médicalise la grossesse d’une façon malsaine.

On ne fait pas d’accouchement en siège, même si, dans les faits, ce n’est pas forcément plus compliqué, y’a qu’à laisser la gravité faire son travail.

On ne te laisse pas dépasser 40 semaines de grossesse, même si, dans les faits, ton bébé ne va pas moisir et/ou se désagréger à 41 semaines et 2 jours.

La femme enceinte n’est pas malade.

Elle est enceinte.

Brailler son allaitement

C’est bien entendu que pour moi, la question ne se posait pas: j’allais allaiter mon enfant. La communauté végétalienne n’attend rien de moins de moi que j’allaite mon enfant ad nauseam!

Quand les pédiatres ont vu que bébé ne grossissait pas assez vite pour eux, par contre…«Ma p’tite dame, va falloir vous scotcher un cathéter sur le sein et nourrir votre bébé avec une seringue remplie de préparation».

Tin fille! En plus de pas pouvoir l’accoucher c’t’enfant là, t’es pas foutue de le nourrir su’l sens du monde!

Gros sentiment de fail.

La première semaine d’allaitement, j’ai saigné des mamelons. C’est pas vrai que tes courbes de croissance et tes percentiles vont venir scraper des jours d’efforts pour réussir à faire prendre le sein comme il faut par bébé…On nous dit toujours que les bébés sont tous différents, mais ils doivent tous grossir de la même façon.

Foutaise.

À grand coup de «Votre enfant sera débile autrement», j’ai introduit la préparation. En plus du sein. Sachez qu’il existe des préparations pour nourrisson non-laitières et c’est ce que j’ai personnellement utilisé. C’est pas vrai, madame la pédiatre, que tu vas m’obliger à lui donner du lait de vache en plus.

Ça prend une éternité à chaque boire pour préparer le lait, setupper les seringues et plugger le bébé au sein. C’est épuisant. J’ai perdu confiance en mes seins.

Comme si on jouait plus dans la même équipe.

Ou qu’on travaillait plus pour le même mafioso.

Un autre soir où je braillais mon incompétence, j’ai donné le bébé au chum en lui disant «ça suffit, l’usine est fermée. Donnes-lui un osti de biberon». J’suis allée me cacher en position fœtale dans mon lit et j’ai braillé mon allaitement.

Après une petite hospitalisation, il a été décidé de nous faire rencontrer une conseillère en lactation.

10 minutes.

Entre deux examens.

Elle s’est vite rendu compte que la prise est bonne, la production est bonne…j’ai juste un bébé capricieux qui s’endort au sein lorsque le débit n’est plus assez fort. Il a juste besoin que je le challenge à chaque tété. C’est un problème plutôt facile à régler

Va chier seringue de préparation.

Va chier pédiatre. Tu m’as froidement fait douter de mes capacités. Peut-être pour toujours.

La médicalité de la grossesse

Bref, je crois que notre système moderne est alarmiste et a déshumanisé l’acte de donner naissance pour en faire un acte médical.

On a perdu confiance en la nature.

Peut-être parce qu’elle ensevelie nos destinations vacances favorites. Inconsciemment, on se venge.

On est si amer.

On est control freak.

Ton p’tit est dans le 17e percentile. Tu devrais t’inquiéter…Pourtant, j’connais bon nombre de genses qui étaient dans le 90e…et ça n’en a pas fait des personnes meilleures ou des humains plus utiles.

Ce qui est fait est fait

Je ne peux pas refaire mon accouchement et vivre dans le passé, c’est plutôt malsain. Mettre des mots sur mon expérience permet de clore ce chapitre de la parentalité.

Ou du moins, ça aide.

Si l’intérêt y est, je me ferai un plaisir d’en partager d’autres facettes.

Plus zen, espérons-le!

Jeune fille qui lit avec une tasse de thé

Signature

2 réflexions au sujet de « Comment cacher un secret gros comme une femme enceinte »

  1. Ouf! Tout un retour!
    D’une grande générosité, d’une grande lucidité et d’un humour incomparable (qui me manquait!)!
    Merci pour ton partage et oui, j’en veux d’autres facettes!
    Tu sais tellement retranscrire la pensée « universelle » de tes concitoyens!

    Répondre

    1. Merci Émilie pour ces bons mots! Ça fait chaud au cœur de savoir que mon vomi littéraire d’émotions ne t’est pas resté en travers de la gorge! 😛

      Répondre

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