Elliot

Elliot était mon chat, un des trois membres de ma crew a poils. Il y a un an, Elliot mourrait. J’aimerais dire qu’il est mort d’une insuffisance rénale, mais ce n’est pas tout à fait ça.

C’est vrai que ses reins ont lâché, mais j’ai tiré la plug avant que la nature ne décide de le faire.

Commençons par le début de l’histoire. Quand mon homme et moi avons eu notre premier appartement ensemble, une des première chose qu’on a acheté, avant même une table à manger, fut un chat. C’était en fait une chatte, toute blanche avec de magnifiques yeux bleus pour qui mon chum a eu un coup de cœur et que nous avons nommée Maya.

Peu de temps après, nous avons décidé d’offrir un peu de compagnie à Maya. Quétaine comme je suis, je voulais un chat noir. Comprenez donc que j’ai envoyé mon chum en urgence au refuge quand j’ai vu un chat noir disponible sur leur site Internet. Il m’a téléphoné live pour me dire qu’il avait déjà été adopté…mais qu’il y avait un autre petit chat, gris-bleu, adorablement affectueux. Il allait devenir notre Elliot. Sans même le voir, le bon feeling de mon chum a fait qu’il est parti tout de suite avec et que je l’ai rencontré seulement le soir après le travail. Vous savez, on les aime tout de suite ces p’tites bêtes là…

Les années ont passé sans grandes histoires jusqu’en fin juillet, début août dernier. Elliot refuse de manger. Absolument tout.

Il faut savoir qu’Elliot a toujours été de constitution très mince, voire maigre. Il était l’incarnation de l’expression «bâti sur un frame de chat». Tout au long de sa vie, il avait des épisodes étranges et désagréables de pissage sur le divan, de vomissements et de reverse sneezing…problèmes rapportés au vétérinaire et à certaines personnes plus calées que moi à l’époque en santé du chat. Ce n’était rien d’inquiétant, de l’avis de tout le monde.

Donc, voulant mettre un terme à sa grève de la faim, on prend rendez-vous chez le vétérinaire.

Examen de palpation de la bedaine.

On soupçonne deux choses: un problème de thyroïde ou une insuffisance rénale. Je voulais croire que c’était un problème de thyroïde…Après tout, il avait les mêmes symptômes que le chat d’une amie et ça se contrôle. On change de bouffe, quelques pilules, et hop!

God, j’ai tellement voulu y croire…

Après des prises de sang, je repars de la clinique vétérinaire avec un nouveau bac à litière, des bulles en plastique et de la bouffe en ca-canne pour le stimuler.

Puis on attend les résultats des tests sanguins et du test pipi. J’étais au travail quand j’ai reçu l’appel. Et là, on m’explique que les reins d’Elliot sont déjà scrappe à 75%. En d’autres mots, ses reins ne filtrent plus les déchets…il s’empoisonne à petit feu…depuis 75%…Ça prend combien de temps se péter les reins à 75%?! Probablement toutes ces années où les signes n’étaient pas «inquiétants». La vétérinaire m’informe des options: médicaments, bouffe adaptée, perfusion à la maison pour le garder hydraté. Elle comprend vite que je suis sans voix à l’autre bout de son discours médical, mais que je me retiens de pleurer parce que je suis une grande fille et que je suis au bureau et les gens pensent qu’on ne pleure pas pour un chat. Je me sauve dans mon auto au moment où la vétérinaire m’indique qu’on ne sait pas combien de temps les traitements pourront l’aider…1 an…2 semaines…impossible à savoir. Je craque. Je rentre au bureau avec la tête d’une fille qui a fumé du pot en se faisant donner des claques sur les joues.

Le soir même, j’vais chercher le nécessaire de traitement. Pendant les deux prochaines semaines, on a un nouveau chat. N’avoir pas eu de diagnostique, on n’aurait jamais su qu’il était malade.

Jusqu’au 17 août, jour de sa fête. Salaud. Il recommence sa grève de la fin (sans farce). Il vomit. Il se cache. C’est la débandade.

Je m’étais promise qu’un jour je permettrais à mes chats de sortir dehors (sous supervision), surtout Elliot, parce qu’il a toujours été le premier à foncer sur la porte patio quand on l’ouvrait pour avoir la meilleure vue sur les oiseaux. Comme je sentais qu’on perdait la bataille, j’lui ai acheté un harnais et on l’a sorti. C’était magique et difficile en même temps…Il avait l’air tellement enjoué que je regrettais ne pas l’avoir fait des années avant…Shame on me.

Deux jours plus tard, c’était fini. Dans un sens, j’ai tellement espéré qu’il s’en aille de lui-même, dans son sommeil. Mon chum m’a dit qu’il ne le faisait pas parce que je ne lui avait pas donner la permission, je ne lui avait pas dit que c’était correct qu’il parte…Il n’avait pas ma «bénédiction»…J’ai essayé, mais il a probablement senti que je n’étais pas honnête parce qu’il est resté.

Les médicaments ont fini par ne plus faire effet, il ne mangeait plus et il vomissait. C’était écrit dans ses yeux qu’il n’en pouvait plus.

On a appelé la vétérinaire, qui voulait nous donner un rendez-vous je ne sais plus combien de jours plus tard. Menute papillon. Mon chat est à boutte, j’te dis!

On a eu le rendez-vous en fin d’après-midi.

Tu fais quoi d’ici là? Tu vas faire tuer ton chat taleure…

On est parti en char avec Elliott dans mes bras, pas dans la cage comme à l’habitude.

On est revenu avec un harnais. Vide.

Là où je veux en venir.

Je n’avais jamais eu à vivre l’euthanasie d’un animal. Et j’ai trouvé ça atrocement difficile.

Plus haut, quand j’ai dit que j’espérais qu’il parte de lui-même, c’est parce que je me disais très sincèrement «mais t’es qui pour décider que c’est le moment de sa mort? Pour qui tu te prends pour céduler l’heure de son décès!?» C’est gros. Pour moi, c’est ne pas se prendre pou un 7up flat.

Il a fallu qu’on en vienne au fait qu’on le gardait en vie pour nous et non pas pour lui. Et ça, c’est égoïste en viarge. Mais à quel moment, on sait que c’est le bon moment?

Quand on est entré dans la salle d’euthanasie, il est devenu comme enjoué, il ronronnait, se roulait par terre…C’est ta façon de me dire merci de mettre fin à tes souffrances ou t’essaies de me dire que t’en as encore en dedans?! Fait chier.

Il y a un concept nommé «remords de l’euthanasie». C’t’un peu ça.

J’vous épargne les derniers moments, parce qu’ils nous appartiennent, mais j’peux vous dire qu’on est resté jusqu’à la fin avec Ti-gars.

Ceux qui n’ont pas d’animaux vont dire que j’exagère, que ce n’était qu’un chat, mais je vais leur répondre la même chose que ceux qui ont des enfants disent à ceux qui n’en ont pas.

«Tu ne peux pas comprendre.»


Je ne suis la première ni la dernière qui à vivre une telle expérience, mais j’avais envie de vous la partager pour qu’on se rappelle à quel point il est important de s’appliquer à leur donner la plus belle des vie.

Ça m’amène aussi à me demander pourquoi on s’attache autant à ces petites bêtes, mais qu’on arrive si arbitrairement à fermer les yeux sur ce qui est infligé à d’autres espèces. Je trouve flabergastant que nos traditions nous aient poussé à dorloter certaines espèces et à en manger d’autres…

Si on faisait disparaître les barrières «boeuf de boucherie» et «chien de compagnie», si on appliquait autant d’émotion, d’attention et de respect à une truie et ses bébés qu’on le fait pour notre chien, est-ce que les choses ne seraient pas différentes?

Est-ce que le monde s’en porterait mieux?

Elliot

RIP Elliot.

4 réflexions au sujet de « Elliot »

  1. Je pleure.
    Beau billet. Bel hommage à ton chat et aux animaux qui ne sont pas dignes d’être dans la bonne catégorie.

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    1. Merci pour ton commentaire.

      Le mot que tu utilises est si juste et à la fois si triste: dignité..!

      Répondre

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