Gorille vs garçonnet

La fin de semaine dernière, Harambe le gorille a fait les manchettes, mais ce n’était pas pour ses beaux yeux.

Harambe

Harambe est un gorille de 17 ans et d’un subtile 450 livres. Il a grandi entre les murs des zoo et son espèce est en voie de disparition. Jusqu’à tout récemment, il était un gorille bien tranquille, pas plus connu qu’un autre. Malheureusement, un jeune garçon de 3 ans qui visitait le zoo avec ses parents a visiblement déjoué leur vigilance et s’est retrouvé les deux fesses dans l’enclos d’Harambe. Cela a mené à l’abattage du primate par les responsables du zoo dans le but de sauver la vie du jeune enfant.

Bien entendu, ce triste événement a enflammé le débat sur le bien-être et la sécurité que notre société a décidé d’offrir aux animaux et plusieurs accusent les parents de négligence et pointent du doigt le zoo de ne pas avoir simplement utilisé des tranquillisants.

Sur l’émotion du moment, il arrive que nos paroles prennent un tour d’avance sur nos pensées ou que l’on réagisse sans vraiment réagir.

Voici ce que j’en pense.

Quelques faits sur le gorille

  • Généralement, les gorilles mâles ne s’occupent pas de leur progéniture, ce fardeau revenant plutôt à la femelle, mais ils sont tout de même une part importante dans leur processus de socialisation.
  • À l’état sauvage, les gorilles adultes ont peu de prédateurs si ce n’est l’humain et certains virus.
  • Ils sont aussi principalement herbivore avec un insecte par-ci par-là.
  • Les mâles peuvent être agressifs l’un envers l’autre au moment d’établir la hiérarchie. Dans un groupe, il n’y a pas plus d’un mâle dominant. Bien qu’il arrive que les bagarres soient sanglantes, les conflits se limitent souvent à une série de mimiques comme se frapper le torse, vocaliser, arracher des plantes, piétinements, etc.
  • La journée typique d’un gorille consiste à s’alimenter, se reposer et socialiser.

La faute du gorille?

Des témoins de l’événement ont filmé le tout et il est possible, pour un oeil non-spécialiste en comportement du gorille, de constater que l’animal semble protecteur plutôt qu’agressif envers l’enfant et cette information est supportée par le directeur du zoo. Le primatologue (un homme calé en comportement de primates) Frans de Wall abonde dans le même sens.

Bien entendu, certains réfutent qu’Harambe était protecteur et stipulent que celui-ci démontrait au contraire des signes de domination.

À mon humble avis, si Harambe s’était senti en compétition et avait voulu tuer cet enfant, il l’aurait fait. Étant doté d’une intelligence non-négligeable, je crois fermement qu’Harambe a vite compris que ce p’tit bout tombé du haut de son enclos ne représentait pas un motif de compétition…

Les images montrant Harambe tirant le jeune garçon dans l’eau avec, disons, vigueur, peuvent être choquantes, mais n’oublions pas que c’est un gorille contre un enfant. Harambe n’a fort possiblement pas conscience de la «solidité» de ce qu’il trimbale.

La faute des parents?

Les parents du garçon ont été blâmé à tour de bras sur les réseaux sociaux et une enquête est même officiellement ouverte. Certains ont même été jusqu’à dire que c’était la faute de son père parce qu’il a un dossier judiciaire soit disant épais. Cela n’a évidemment rien à voir avec ce qui s’est passé.

Je ne me lancerai pas à débattre si oui ou non les parents sont à blâmer parce que, n’ayant pas d’enfant, on me dira que je n’y connais rien. Est-ce qu’ils ont leur part de responsabilité? Absolument, l’enfant était sous leur supervision. Est-ce que j’ai envie de les blâmer et de dire qu’ils n’ont pas bien surveiller leur enfant? Oui. Mais je n’y étais pas.

Mise à jour: il a été confirmé qu’aucune accusation ne serait portée contre les parents.

La faute du zoo?

Le directeur du zoo, Thane Maynard, a dit avoir pris la bonne décision. Certes, l’animal n’avait pas adopté un caractère menaçant envers l’enfant, mais Harambe agissait de façon erratique, étant exposé à une situation stressante. Questionné à savoir pourquoi l’usage de tranquillisants n’a pas été privilégié, il s’est expliqué en disant que plusieurs tentatives auraient été nécessaires, que l’effet n’aurait pas été immédiat et que cela aurait pu être anxiogène pour le gorille, créant ainsi l’effet inverse. Il reste que c’est un animal puissant malgré sa nature passive et que tuer Harambe était la solution la plus logique pour sauver l’enfant, selon lui.

Monsieur Maynard prétend aussi que les installations de son zoo sont sécuritaires et qu’il est de la responsabilité de chacun de protéger sa famille.

Oui…mais non. L’enfant n’a pas été dévoré par un lion en pleine jungle. Il est tombé de 10 pieds dans l’enclos de TON zoo.

Le fin mot

Avoir un coupable aide à faire passer le deuil. On est psychologiquement plus à l’aise quand on a quelqu’un à pointer du doigt.

À aucun moment, on ne peut blâmer Harambe. Si l’enfant était mort, on l’aurait accuser d’avoir agi en…animal? En oubliant que c’est ce qu’il est, en captivité ou pas.

Avec les centaines de documentaires qui existent sur la faune sauvage, je ne crois pas qu’un zoo ait encore sa pertinence. Comprenez bien ici la nuance entre sanctuaire/réserve et zoo. Il n’y a rien d’éducatif à regarder un éléphant qui marche en maudit dans la nature virer en rond dans son enclos de zoo. Ça ne représente en rien la réalité de ses animaux dans la nature et n’est pas instructif.


Je ne prétends avoir la science infuse, mais je pense que si on n’enfermait pas les animaux dans des cages, ce genre d’incident n’arriverait pas.

Namaste!

P.S. RIP Harambe. Ce qui me désole le plus, c’est que ce gorille n’aura jamais rien connu d’autre qu’un enclos de zoo.

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