Le végétalisme rend malade (ou non)

Le 9 mars est la date d’anniversaire de Barbie.

Nombreuses sont les jeunes filles qui ont passé leur enfance à jouer avec cette poupée-vétérinaire-astronaute-femme d’affaires-médecin-dresseuse de dauphin avec une joviale naïveté d’enfant.

Avec les sempiternelles campagnes d’acceptation de soi, les dernières années ont vu naître des versions «plus humaines» de l’icône plastifiée. Elle est maintenant noire, asiatique, ronde, acnéique et j’en passe.

Dans ma jeunesse, avec ma mentalité de p’tite fille, Barbie ne m’est jamais apparue comme un potentiel idéal de beauté. Jamais. Apparences que les mentalités ont changé depuis, car la route vers la perfection perfectionnée est si empruntée qu’elle est pleine de nids de poule.

Dans ces nids de poule, on retrouve tous les désordres alimentaires, dont l’orthorexie. Trouble plus récemment identifié, l’orthorexie semble de plus en plus associé avec le végétalisme.

À tort ou à raison?

Le mot orthorexie n’est entré dans le dictionnaire qu’en 2012 et est composé des termes grecs «orthos», signifiant «correct» et «orexis» qui signifie «appétit». Officiellement, il ne s’agit pas d’un trouble alimentaire, n’étant pas inclut dans le Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders. Cependant, le terme est utilisé depuis la fin des années 90 pour décrire une condition obsessive concernant la qualité, et non la quantité comme lorsqu’il s’agit d’anorexie, des aliments ingérés par une personne.

La personne atteinte d’orthorexie a une compulsivité à consommer des aliments qui lui semblent nutritifs. La qualité nutritive d’un aliment peut être basée sur un fait vérifié, une recommandation officielle ou même sur une simple croyance. À un certain point, l’orthorexique peut également refuser la consommation d’aliments s’il juge leur apport nutritionnel insuffisant.

Le focus permanent sur une alimentation saine mène, vertus santé obligent, plusieurs orthorexiques à adopter le végétalisme ou ses penchants plus restrictifs comme le crudivorisme ou le frugivorisme.

Je réfléchis tout haut…

Les végétaliens sont-ils tous un peu, dans leur for intérieur, orthorexiques?

En réalité, non.

Cure, détox et clean-up intérieur sont grandement associés au végétalisme parce qu’on lui voue une aura santé, à tort, qui représente une tanière protectrice dans laquelle un orthorexique peut se blottir.

Peut-être dresse-t-on faussement le portrait du végétalisme comme étant le remède santé ultime, mais il faut garder en tête que végétalisme ne rime pas avec restriction.

En fait, manger végétalien n’est pas un allé-simple vers l’orthorexie. Il n’y a rien de mal à vouloir manger santé et se nourrir des aliments que l’on juge les mieux pour nous.

Il y a les aliments bons pour notre estomac.

Et ceux qui sont bons pour notre tête. 😛

Si une personne développe une tendance à l’orthorexie, ce ne sera pas à cause du régime qu’elle décide d’adopter, mais bien à cause de sa relation avec la nourriture.

Une végane malade

En 2015, la grogne s’est emparée de plusieurs lorsque Jordan Younger a publié son livre Breaking vegan.

Tout d’abord, le titre.

Il a été perçu comme une mauvaise pub pour le mouvement.

Mais un livre titré Breaking orthorexia aurait probablement été moins vendeur, soyons francs.

Doux marketing.

Bref, cette jolie blonde a longtemps souffert de désagréments au niveau abdominal et a tenté le pas vers le végétalisme, qui, oh joie, lui a permis de mieux se sentir. Après deux ans, elle s’est cependant retrouvée insatisfaite de ce qu’elle appelle son régime.

Elle précise que le végétalisme a déclenché des mécanismes obsessifs : cures de jus, élimination complète d’aliments solides, gluten free, huile free, sucre raffiné free, plaisir free…Elle était cependant si scothée à son label de vegan qu’il n’était pas question d’arrêter.

Peut-être s’est-elle infligée une pression pour un label qui, finalement, ne vaut rien de plus…qu’un label..?

Younger s’est retrouvée orthorexique avec, en prime, des tendances anorexiques.

La décision a finalement été prise de réintroduire des aliments d’origine animale ce qui s’est accompagné d’un shit load de problèmes de santé (débalancement d’hormones, candidose, parasite, ulcères d’estomac, acné kystique. Pour ne nommer que ceux-là).

Elle crédite la médicine fonctionnelle, le yoga et l’habitude de prendre soin de soi pour sa guérison.

D’uh!

Dans un article sur la bouffe pendant le temps des Fêtes publié sur son blog, elle est explicite sur le fait que même après avoir réintroduit toute sorte d’aliments et abandonné pour de bon le végétalisme, le plaisir n’y était pas! Elle continuait à être anxieuse en présence de certains aliments.

Alors?

Breaking vegan?

Ou Breaking orthorexia?

Elle n’est aujourd’hui même pas végétarienne, elle mange de tout avec un souci plus que souligné. Peut-être a-t-elle considéré le végétalisme comme un régime miracle.

C’était une erreur.

Faites le test!

En 1997, le dr Steve Bratman a été le premier médecin à mettre un nom sur cette condition. Afin de la «diagnostiquer», il a préparé un test simple, que voici, pour les curieux. Il permet d’évaluer la propension d’une personne à l’obsessivité qualitative des aliments qu’elle consomme.

Test orthorexie

Si vos réponses se sont avérées affirmatives à 2 ou 3 des questions, vous devriez réviser votre attitude face à la nourriture. Dr Bratman trouve que vous devriez être plus détendu.

Une réponse positive à 4 questions ou plus signifie que votre alimentation vous obsède et que vous êtes à risque de souffrir d’orthorexie.

Suis-je frue contre Jordan?

Pas vraiment.

Bien entendu, le titre de son livre me fait un peu saigner des yeux.

Par contre, je crois qu’elle est devenue végétalienne pour les mauvaises raisons et qu’elle a donné au concept une proportion démesurée.

Ironique, mais elle a fait en sorte que manger sainement devienne malsain.

La prévalence des conseils nutritionnels des dernières années a fait que les aliments sont déconstruits au stade de nutriments essentiels et qu’on en perd de vue l’ensemble des bienfaits. Je note également une tendance au faussement professionnel. Dès lors que notre alimentation diffère de la «norme», tout le monde devient soudainement un expert en nutrition forcé de critiquer nos choix et tout le monde ne gère pas ce jugement de la même façon.

Sans compter la pression sociale, toujours invaincue malgré les nouvelles versions de Barbie.

On remarque aussi une montée en parallèle de l’adoption de comportements alimentaires plus sains, mais aussi du nombre de personnes en surpoids, voire obèses. Je crois que nous sommes complètement dépassés, ce qui fait que certaines personnes prennent de mauvaises décisions, que ce soit vers un extrême ou l’autre.

De grâce, n’envisagez jamais devenir végétalien/ne avec l’espoir d’avoir la shape de Barbie ou Ken.

Le végétalisme n’a rien à voir avec restriction. Il existe une alternative végétale à à peu près toute la junk food qui existe sur terre. Les seules limites sont celles que vous voulez bien vous imposer.

Le même paradoxe s’observe avec Barbie. La plupart des parents n’apprécient pas la poupée, car en plus de représenter les diktas masculins, elle symboliserait la consommation débridée. Ce serait la fashion victim parfaite toujours en quête de plus d’extravagance: robes, bijoux, chaussures, voiture, bâteau…mais on oublie, qu’en bout de ligne, Barbie peut n’être qu’une poupée avec quelques accessoires dirigée d’une main d’enfant…avec toute la désinvolture que ça implique.

Barbie

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