Un Noël sans bebelle

On est dimanche matin.

À l’extérieur, il tombe une douce neige, si lentement qu’on dirait que le paysage est au ralenti.

Les enfants sont encore paisiblement endormis. Toujours dans votre pyjama de flanelle, vous avez enfilez vos plus belles et chaudes chaussettes.

Une tasse de chocolat chaud faisant office de chauffe-mains, vos pieds posés devant la cheminée, vous pensez que c’est ça, la magie de l’hiver, l’esprit de Noël.

Neige qui tombe à travers fenêtre

Soudainement, vos sentez un petit nez froid toucher le vôtre…Vos yeux s’ouvrent et vous apercevez Bambino tenant le circulaire de 800 000 pages du magasin de jouets.

Il a encerclé ses choix de cadeaux de Noël. Ce sera votre job de courir dans assez de magasins pour plaire à tous le monde. L’angoisse poignante de trouver le cadeau parfait pour chacun, l’emballage le plus fancy, l’idée originale. Sans compter les décorations qui ne pourront être autrement que «wow».

Commencez tout de suite à planifier le repas de Noël si vous recevez ou cherchez un DIY rocambolesque à offrir à vos hôtes.

Vous feelez soudainement moins cozy.

Après mon article sur le minimalisme, je ne pouvais pas ne pas écrire sur le temps des Fêtes, période célèbre de la surconsommation.

Cela fait des années qu’il n’y a plus de cadeau qui s’offre dans ma famille. Et c’est tant mieux comme ça. J’haïs magasiner de façon générale, alors s’il faut en plus que je me tape les files d’attente, l’impatience des gens et la bataille pour la dernière Barbie édition des Fêtes…merci, mais non merci.

Money, money

On peut gagner certaines personnes par l’estomac.

D’autres par le porte-feuille.

Voici quelques chiffres, en rafale.

  • En 2016, au Canada, il s’est vendu pour 417,8 millions de dollars en jouets, jeux et articles de passe-temps (incluant les jeux vidéos) en décembre seulement.
  • 1,8 milliards de dollards, c’est la valeur des ventes au détail faites en ligne au Canada en décembre 2016.
  • Les grands détaillants du Canada de montres et bijoux ont vendu pour 118 millions de dollars en décembre 2016. 154,8 millions de dollars pour ce qui est des cosmétiques et des parfums.
  • La génération X américaine dépense en moyenne 782$ en cadeaux de Noël.
  • On consomme 5 millions de dollars en cadeaux pour nos animaux de compagnie.
  • 5.5% des consommateurs américains contractent un prêt personnel pour leurs achats des Fêtes.
  • Plus  de la moitié des Américains avouent recevoir au moins un cadeau qu’ils détestent. En 2016, ça représentait près de 10 millions de dollars.

Un ramassis de mensonges

D’où vient notre obsession à acheter des cadeaux? A-t-on l’impression qu’en offrant une bebelle, on récolte de l’amour, de la considération, au minimum?

La tradition d’offrir des cadeaux à Noël tiendrait, comme la fête elle-même si vous n’avez pas oublié, de son origine religieuse. Il s’agirait d’un rappel des offrandes faites à Jésus par les Roi-Mages.

Breaking news #1: Jésus n’est pas né le 25 décembre.

En fait, la date de naissance exacte du ti Jésus n’apparaît nul part dans le gros livre. Le 25 décembre aurait été choisi vers 330 (ça fait fucking longtemps) pour concorder avec une fête déjà célébrée à l’époque pour souligner la fête du soleil invincible a.k.a le moment de l’année où les journées commencent à rallonger. On a vite associé Jésus à la lumière et on a fait ni une ni deux pour tout faire matcher.

Breaking news #2: le Père Noël n’existe pas.

Du moins, pas comme on s’amuse à y croire.

N’étant pas experte mondiale de l’histoire du Père Noël, je ne vous ferai pas saigner des yeux avec une autre tentative de retracer ses origines. J’ai moi-même perdu le (Pôle) nord en faisant des recherches. Résumons ça vite fait, bien fait: le Père Noël ne serait qu’une caricature commerciale de St-Nicholas, un homme ben généreux de sa personne qui a vécu y’a fort fort longtemps.

Je bouscule votre sens de la tradition…mais j’aime questionner la pertinence des traditions!

Inutile d’ajouter que peu de personnes célèbrent encore Noël pour des raisons strictement religieuses.

Le cadeau empoisonné

Avant de courir ventre à terre dans les magasins pour rayer tous les items des 8 listes de cadeaux que vous avez en main, arrêtez-vous un instant.  Prenez le temps de réfléchir avec honnêteté sur le pourquoi du comment vous vous êtes retrouvé à tirer les cheveux de l’autre maman qui voulait aussi le dernier vaisseau spatiale à assembler soi-même…la bitch.

Notre mode de vie moderne associe «plaisir» à «dépense» et «bonheur» à «possession». Plus on s’inonde de cadeaux, plus on a l’impression d’avoir du fun, plus on a l’impression que nos bouts-de-chou sont dont contents.

Sacs d'emballage cadeau

Allons-y d’exemples concrets:

Mise en scène 1: un petit humain, d’âge pré-scolaire plus ou moins, voire pas du tout, en mesure d’exprimer qu’il veut un Game Boy. Exactement ce que vous lui avez acheté. Une fois déballée, la bebelle finit dans les mains de votre adolescent mari pendant que votre enfant s’extasie dans le papier d’emballage et les boîtes vides.

Mise en scène 2: un enfant plus vieux, 8 ou 9 ans disons. Vous avez dépensé une petite fortune pour acheter un gros cadeau. Au moment de le déballer, fiston est content 2 minutes, se désintéresse, puis attend le prochain paquet. Y’en n’a pas d’autre. COMMENT ÇA Y’EN N’A PAS D’AUTRE!?

Dans le premier exemple, c’est plus pour vous (ou pour apaiser votre conscience martelée par ce que vous devriez faire) que pour votre enfant que vous avez acheté un cadeau. Le second exemple illustre que plus on associe un événement avec la remise d’un cadeau, plus on créera une attente. Et à chaque fois, l’attente sera décuplée. On veut plus. On veut mieux. À un certain point, on en devient blasé.

Non-consommateur dans un monde de consommation

Si vous prenez la décision assumée de ne pas offrir de cadeau (et de ne pas en demander, non plus), vous devrez répandre la bonne nouvelle!

Vous serez gentil, poli et utiliserez un vocabulaire commun, mais ça va quand même arriver que quelqu’un ne comprenne pas. Souvent plus ardu avec les grands-parents qui ne peuvent s’empêcher de couvrir vos marmots de jouets plus musicaux et bruyants que jamais!

Vous allez, tant bien que mal, expliquer la pédagogie alternative, les jouets réalistes en bois, l’importance des expériences par rapport au matériel. Si vous avez la lubie de prononcer «Montessori», vous donnerez une crise aiguë d’urticaire à vos géniteurs qui sont pourtant remplis de bonnes intentions pour leurs petits-enfants. On ne peut pas leur en vouloir, mais au final, c’est vous qui vivez dans le mess thématique Pat’Patrouille à longueur d’année.

L’année dernière, Fiston et sa cousine étaient trop petits pour que leur offrir des cadeaux fassent un quelconque sens. Ils ont trois semaines d’intervalle et maintenant plus d’un an et sont donc beaucoup plus conscients de leur environnement. Ce qui implique que la tentation de leur acheter un kit de vétérinaire-à-36-accessoires-avec-un-chien-qui-met-bas-de-8-chiots-pour-de-vrai-parce-que-c’est-beau-le-miracle-de-la-vie, elle est foooooorte.

Du côté de mes parents, c’est chose réglée. Ils nous ont offerts deux options et nous avons choisi celle qui nous semblait être le meilleur usage de leur argent, c’est-à-dire mettre un certain montant d’argent de côté pour les études de Miniature.

Pour mes beaux-parents, c’est autre chose…le cadeau de Noël est aussi réglé. Par contre, ils passent l’hiver chez les étasuniens et je me doute  sais que pendant ces mois d’absence, ils trouveront 354 breloques donc ben cute à rapporter au pays.  Breloques dont Miniature n’a pas besoin.

Soyez clairs, mais gentils. Je vous explique quoi faire plus bas si on outrepasse quand même votre demande d’abstention.

Décider de faire un cadeau

Est-ce que j’essaie de vous entrer dans la cervelle que donner des cadeaux, c’est mal? Pas du tout. Je tente plutôt de vous déculpabiliser si, au fond de vous, vous n’en avez pas envie et vous faire comprendre que c’est loin d’être une obligation. Par contre, il existe une façon judicieuse d’offrir des présents.

Dans le même sens, des irréductibles, il y en aura toujours. Si quelqu’un aimerait vraiment vous faire un cadeau, à vous ou vos enfants, ne mettez pas tous vos efforts à l’exorciser. Il est plus judicieux d’être clair sur les caractéristiques du dit cadeau.

Pensez à ceci: parfois sans vous en rendre compte, offrir un cadeau, équivaut à donner une valeur à notre relation avec cette personne. Notre entourage direct mérite souvent les achats les plus coûteux tandis qu’on erre au magasin à 1 piasse pour les connaissances.

Avant d’acheter un cadeau, posez-vous les questions suivantes:

  1. Est-ce un objet pratique? Pour vous et pour l’heureux élu. Est-ce si cher que vous devez demander un prêt à la banque? À l’inverse, est-ce d’une qualité discutable? Éveillera-t-il des sentiments positifs chez le receveur ou sera-t-il en beau fusil de devoir l’épousseter 3 fois par semaines, d’acheter 8 sets de batteries?
  2. Est-ce un objet utile? On ne vend pas un frigo à un esquimau…
  3. Est-ce que cet objet est en harmonie avec les valeurs de la personne à qui j’aimerais l’offrir?
  4. Puis-je montrer mon affection/amour/reconnaissance à cette personne autrement que par un bien matériel?

Imaginez que votre enfant doit faire une production écrite à l’école portant sur la question «Quel est le plus moment que tu aies passé avec tes parents?». Il pourrait utiliser ses 350 mots pour décrire les caractéristiques du trois-skis dernier cri qu’il a reçu pour Noël.

Ou il pourrait utiliser tous ces moments pour raconter la magnifique journée que vous avez passée dans la cour arrière à faire des bonhommes, lancer des boules de neige, construire un fort et rouler en bas de la bute pour ensuite rentrer au chaud préparer le plus décédant des chocolat chaud avant de regarder son film préféré.

Demandez-vous toujours pourquoi vous acheter un cadeau. Est-ce parce que c’est ce qu’on attend de vous? Parce que c’est ce que tout le monde fait?

Si vous aimeriez faire un cadeau, voici quelques idées non-traditionnelles qui font au moins, sinon plus, plaisir qu’un ensemble de bougies parfumées pour la salle de bain.

  • Un cadeau fait maison: n’importe quoi dans lequel vous aurez tout votre amour. Si tante Marguerite n’apprécie pas votre sculpture en macaroni, just too bad.
  • Un coup de main: un couple d’amis est stressé? Offrez de garder leurs enfants pour qu’ils s’offrent un peu de temps seuls. Mamie fait de l’arthrose? Proposez de l’aider à faire ses plates-bandes au printemps.
  • Une expérience: une sortie au musée, la visite d’une maison hantée, un atelier d’art, une journée spéciale cowboy/astronaute/princesse! Prenez des photos et faites-en un album.
  • Un abonnement à un magazine
  • Un objet de seconde main

Et si on vous donne un cadeau non-désiré?

Si, malgré toutes vos discussions, mises en garde, demandes, explications, supplications, vous ou vos enfants recevez un cadeau qui n’est pas utilisé, ne rencontre pas vos valeurs et mode de vie et/ou ne vous procure pas de joie, donnez-le au suivant, simplement. Sans attendre. C’est un cadeau, il est donc à vous et vous être libre d’en faire ce que vous voulez, non? Pourquoi le laisser mariner dans le fond du garde-robe pour le donner l’année prochaine quand vous ferez un énième désencombrement? C’est justement ce gendre d’attitude qui vous force à désencombrer.

Pièce encombrée de vêtements et accessoires

Éliminer Noël, la solution?

Mon texte me fait peut-être passer pour la pire des Grinch.  Mais non.

Je ne souhaite pas la mort de Noël. J’aime me retrouver avec la p’tite famille autour d’un repas beaucoup trop gourmet préparé en quantité industrielle par mère. La maison familiale dégage une ambiance chaleureuse spéciale à ce temps de l’année. Mon père me fait bien rire avec son Homer Simpson dansant édition Noël. Pour une raison obscure, je n’apprécie pas les chansons de Noël.

Et je n’aime pas l’orgie matérialiste qui vient avec.

Ce que je souhaite, ce que je vous souhaite un Noël réinventé. Un Noël où vous utiliserez les heures gagnées à ne pas magasiner pour offrir de concocter un bon petit plat à apporter chez vos parents, où vous confectionnerez des guirlandes en popcorn avec vos enfants, où vous rirez sincèrement des jokes  anti-cravate de monocle Marcel parce que vous ne lui en n’offrez pas une encore cette année, où vous remplirez votre cœur de souvenirs au lieu de fuller votre coffre de char de milles boîtes.

Je vous souhaite un excellent temps des Fêtes.

Boule de Noël dans sapin

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