Avez-vous peur du changement?

La dernière version du Guide alimentaire canadien date de 2007. Il est donc plus que logique que les autorités enclenchent, l’année dernière, un processus de refonte.

Peut-être que certaines choses ont changé en tant d’années.

Des bribes de changements ont été rapportées par les médias et les réactions sont nombreuses. Un texte d’opinion sur le sujet m’a inspiré à rédiger ce texte qui se veut être une ode au «peut-être».

Pour vous mettre en contexte, madame Lise Ravary a publié une chronique d’opinion suite aux multiples rumeurs qui circulent concernant la réédition du Guide alimentaire canadien. Il a notamment été rapporté que les produits laitiers seraient vraisemblabement destitués au poste de simples aliments protéinés, conjointement avec les infâmes pois chiches et l’ignoble tofu. C’est sans surprise que l’annonce de cette possibilité a engendré toutes sortes de réactions. Par une quelconque magie noire, le texte de madame Ravary a attiré mon attention. Tout d’abord par son titre, puis par l’absence d’une section «commentaires» au bas du dit texte. J’avais en tête qu’étant chroniqueuse et/ou journaliste d’opinion, on acceptait le débat, la divergence et que c’était même bienvenu (MAJ: après multiples vérifications et tentatives de débogage, il y avait bien une section «commentaires», mais le fil est fermé. On ne peut donc plus y contribuer. Pour je ne sais quelle maudite raison nounoune, je ne la voyais pas). Peut-être que madame Ravary avait seulement besoin de ventiler, puis de tourner la page sans jamais plus entendre parler de pois chiches.

«Voici mon opinion. Bonsoir.»

Ce texte ne se veut pas être une réponse à son texte qui engendrera une réponse, puis une autre réponse, puis une dispute, puis du bashing virtuel. Je saisis plutôt l’opportunité de souligner les grandes lignes de son texte qui méritent qu’on s’y attarde. Peut-être qu’on devrait réfléchir un peu plus…Comme le dit si bien Dr. Phil, «peu importe l’épaisseur de ta crêpe, elle aura toujours deux côtés».

Ce que je vois dans le texte de madame Ravary, nonobstant une haine injustifié envers les pois chiches grillés et le chiffre vingt, c’est une peur viscérale du changement.

La peur du changement

L’OMS a déclaré certains produits carnés comme cancérinèges ou cancérigènes potentiels. Ce ne sont pas les élucubrations d’une hippie à moitié à poils au fond de sa yourte.

Pourquoi, en 2019, avec tout ce qu’on sait, on haït encore les pois chiches? Pourquoi, en 2019, vouloir ne pas mettre n’importe quoi dans sa bouche fait automatiquement de toi un obsédé de la santé?

Peut-être qu’on a peur du changement?

Enseigne changement

Résister au changement, c’est humain, normal et plus souvent qu’autrement sain. Là où ça devient un problème, c’est quand on se raidit, qu’on résiste tout le temps, qu’on dit «jamais au grand jamais».

Il faut savoir que la résistance au changement est une réponse psychologique et qu’elle comprend plusieurs étapes auxquelles chaque personne réagit différemment. L’ampleur de nos réactions est techniquement équivalent à ce qui est perdu suite au changement. Une réaction commune? Se placer dans la position de victime. Par exemple, dans la présente situation, blâmer une référence gouvernementale pour la perte imminente de notre identité de mangeur.

Pour mieux vivre avec le changement, il faut accepter qu’on n’a pas toujours le contrôle dessus, mais qu’on est 100% responsable de notre réaction. Une façon saine d’aborder le tournant que le nouveau guide semble vouloir engager serait plutôt: «non…je n’aime pas les pois chiches ni les chips de kale…mais j’ai de la valeur. Il serait peut-être bon que je prenne soin de moi. Il y a certainement une façon de cuisiner tous les bons plats de ma Mamie avec une tournure plus respectueuse de ma santé et de la vie des animaux…Peut-être qu’il existe un blog génial qui pourrait m’aider (#auto-promotion)?» En réalité, qu’est-ce qu’on perd de cette refonte du guide? Rationnellement, rien.

Les produits laitiers ne sont pas exclus du guide alimentaire. Ils sont reclassés.

Peut-être que les produits laitiers sont comme un cycliste qui a gagné trop de médailles d’or. Avec le temps, on se rend compte qu’il s’est dopé, qu’on lui a donné plus de louanges qu’il en mérite et que c’est en toute logique qu’on le remet à sa place.

Peut-être qu’on a si longtemps mis les produits laitiers sur un piédestal qu’on en a fini par croire qu’ils sont la seule source viable de calcium, de vitamine D et de pleins d’autres bonnes patentes pour la santé…un peu comme on s’amuse à le faire avec les super-aliments.

Le gouvernement doit s’impliquer

Selon madame Ravary, le gouvernement doit s’en mêler pour sauver notre patrimoine alimentaire..

C’est quoi, au fait, le patrimoine alimentaire québécois? Du pâté chinois avec de la viande hachée? De la poutine? Des beans au sirop d’érable?

J’ai une excellente nouvelle. Je mange encore du pâté chinois, de la poutine et des beans au sirop d’érable. Mais puisque je n’y met pas de vache hachée, de fromage ou de bouts de cochon, peut-être que ça fait de moi une névrosée hystérique.

Est-ce que l’objectif premier d’un gouvernement n’est pas de faire évoluer son peuple dans un contexte optimal? Garder son monde en santé? Fournir des services de qualité? Maintenir l’économie à flot?

Peut-être que le nouveau Guide fera mal aux producteurs laitiers. C’est vrai que l’industrie a été exclue du processus de révision. Peut-être qu’on doit faire mal à un pour garder l’autre en santé. Peut-être qu’à un moment donné, on ne peut pas faire plaisir à un au détriment de l’autre.

Peut-être que le Guide alimentaire canadien ne devrait pas être une tribune publicitaire?

Cracher sur sa culture

Contrairement au populaire adage, madame Ravary affirme de bout en blanc qu’elle ne sera jamais végane. Elle aime trop le fromage qui pue, les omelettes ¾ cuites et la viande crue. Fort d’un témoignage personnel, son texte accuse les modes alimentaires de détruire la culture. «Je crains que le nouveau Guide alimentaire canadien n’évacue qui nous sommes».

C’est gros comme message.

Revenons au patrimoine alimentaire que j’ai résumé au point précédent: pâté chinois à la viande hachée, poutine et beans au sirop d’érable.

Des chefs excentriques ont mis du porc effiloché dans notre pâté chinois. D’autres encore plus cinglés garnissent notre poutine de foie gras. Personne ne les accuse de déculturation bien que le foie gras soit français et le porc effiloché américain.

Si j’ai décidé de ne plus mettre d’animal mort dans mon précieux pâté chinois, peut-être que je suis en plein syndrome d’acculturation?

Sandwich au fromage grillé avec ketchup

Je crois que notre patrimoine alimentaire est, du moins pour l’instant, mal défini. On ne s’entend pas sur l’origine de la poutine ni sur la recette du cipâte alors que le foie gras est légalement reconnu comme un élément du patrimoine culturel et gastronomique français.

L’objectif du Guide alimentaire canadien

Peut-être qu’on a oublié l’origine du Guide alimentaire?

Prenons le temps de se remémorer.

Tout d’abord, il faut savoir que l’élaboration des guides se base sur des analyses alimentaires en tenant compte des objectifs nationaux en matière de nutrition, des données en provenance de sondages sur la consommation alimentaire, de l’approvisionnement et de la production alimentaire.

Présenté pour la première en 1942 sous le nom Règles alimentaires officielles au Canada, il avait pour but de guider la population vers le maintien d’une bonne santé et la prévention de carences malgré le contexte de rationnement en temps de guerre. Depuis, plusieurs versions ont vu le jour:

1944 – Règles alimentaires au Canada

Le contexte était déjà différent. Moins pour assurer un apport nutritionnel optimal, plus pour l’obtention d’une silhouette acceptable.

Pour booster leur riboflavine, les Règles poussaient fort la consommation de lait, mais le ministère de l’Agriculture a rejeté cette recommandation puisqu’il s’agissait d’une denrée rare à l’époque. Parce qu’ils étaient important dans l’alimentation des Canadiens, le sel iodé et l’eau faisaient partie des recommandations.

1949 – Normes alimentaires pour le Canada

Dans cette version, on a pris en compte les recommandations de nutritionnistes et spécialistes de la santé qui avaient utilisé les étoffes précédentes dans leur pratique. Comportant toujours 5 groupes alimentaires, les changements majeurs sont faits en fonction des nouvelles connaissances scientifiques.

1961 – Guide alimentaire canadien

Avec un nom adouci, ce guide est plus flexible et convient qu’il existe différentes façons de bien s’alimenter. Le visuel est modernisé et il y a peu de changement majeur au niveau nutritionnel.

1977

Inspiré de la plus importante et complète étude sur la nutrition auprès de la population canadienne, il ne contient plus de 4 catégories, les fruits et les légumes ayant été combinés. Le Guide est soumis à 30 autres modifications.

1982

Cette révision fait suite au dépôt d’un rapport du Comité sur le régime alimentaire et les maladies cardio-vasculaire. Il inclut une réorientation importante des recommandations du premier guide. Certes, il vise à prévenir les carences, mais aussi à réduire l’incidence des maladies chroniques liées à l’alimentation. En plus de promouvoir la variété, les autorités mettent l’emphase sur l’équilibre «mangé versus dépensé». On y va aussi d’un message de modération: moins de gras, de sucre, de sel et d’alcool. Apparences que l’expérience nous a appris que ce n’est pas si bon que ça pour la santé…

Le groupe de la viande a été renommé pour inclure plus d’aliments (comme les fucking pois chiches, ces coussins péteurs naturels).

1992 –  Guide alimentaire canadien pour manger sainement

Tiens, tiens…un nouveau titre mettant en vedette l’objectif primaire du Guide: manger sainement.

Le processus d’élaboration a été considéré comme révolutionnaire puisque la consultation en a été partie intégrante: spécialistes, consommateurs, analyses documentaires, sondages, recherches, etc.

Mon objectif n’est pas de refaire l’histoire (si vous êtes curieux de connaître plus de détails sur les différentes versions du Guide, visitez le site du Gouvernement du Canada ), mais plutôt de mettre en lumière que le Guide a changé depuis toutes ces années malgré que son objectif ait toujours été le même: manger sainement.

Gardons aussi en tête qu’il s’agit d’un outil éducatif. Si tu ne veux pas apprendre à jouer du ukulélé, libre à toi. Si tu ne désires pas te renseigner sur ce qui pourrait être sain pour toi, c’est à toi les oreilles.

Aussi simple que ça.

Comme on te recommande de regarder des deux côtés de la rue avant de traverser, mais personne ne te force à la faire.

Bref

Mon point est que le Guide reste un guide et que rien ne force madame Ravary, ou qui que ce soit d’ailleurs,  à s’y référer. Ce que je trouve dommage dans le texte de cette dame, c’est sa propension à extrémiser un mode d’alimentation sain. Je n’ai rien contre la satire, l’auto-dérision c’est sain. Mais vouloir ridiculiser le travail d’experts qui se sont penchés sur l’élaboration d’un outil pour les gens qui n’en ont pas absolument rien à foutre de ce qu’ils se mettent dans la bouche, ça tombe dans l’ordinaire. Utiliser la tradition pour justifier la continuité d’un comportement qu’on sait aujourd’hui qu’il n’est pas sans risque, peut-être que c’est une mauvaise idée…

Les industries ont été exclues de la révision, peut-être que ça parait.

On ne mange pas moins de pizza malgré qu’elle ne soit pas dans le Guide. Aussi flabergastant que cela puisse paraître, l’industrie du tabac se remplit toujours les poches. Peut-être parce que la décision nous revient individuellement.

Peut-être que monter les barricades pour une rumeur sur un brouillon, c’est s’enflammer un peu vite.

Vous êtes les bienvenus à laisser vos opinions dans la section des commentaires. Je me ferai un plaisir de vous lire et vous répondre!

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