Pourquoi vous êtes un mauvais activiste

Il était une fois Tommy et Brenda qui parle de leur ami vegan Bob-Orvide en préparant leur immense assiette de penne bolognaise. Tommy demande alors à sa charmante Brenda si B-O est un activiste.

-Ben non grand simplet, rétorque sa douce! S’il était activiste, il refuserait de manger à notre table. On ne serait même plus ami sur Facebook ni sur Instagram. Encore moins sur Twitter…

-Ah ouin?

-Ben oui! Les activistes sont tous extrêmes de même! J’ai même déjà lu qu’ils ne se lavaient presque jamais…Ce sont des obsédés violents. Si t’es pas avec eux, t’es contre eux!

-T’as ben raison…Moi me faire crier des principes par la tête en plus de me faire reprocher tous les tords du monde à grand coup de slogans et de mises en scène sanglantes, ça me donne pas le goût de changer…Eille te souviens-tu quand B-O nous avait raconté ses 6 mois de travail à l’abattoir? Ça, c’était impressionnant!

-Oh pis quand il nous fait sa mousse au chocolat! Je peux pas croire qu’il fait ça avec du ti jus de pois chiches!

Silence rempli de réflexions

-Ça sent bon ta bolognaise aux lentilles ma belle Brenda!

Penne à la sauce bolognaise

Peut-être est-ce le genre de discussion que vous avez déjà eu avec des amis…

Peut-être que c’est le genre de choses que vous amis disent de vous!

Malheureusement, on associe souvent végétalisme avec activisme. C’est vrai, ça rime, mais c’est là que s’arrête la similitude.  Plusieurs raisons peuvent faire en sorte que vous optez pour ce mode de vie, mais ça ne vous engage certainement pas à sortir vos pancartes et descendre dans les rues.

Voici ce qui fait de vous un mauvais activiste, mais avant, évitons de parler au travers de notre chapeau et voyons un peu ce que c’est, un activiste.

Manifestation

Selon le Larousse, l’activisme est «un système de conduite qui privilégie l’action directe (en particulier dans le domaine politique, social)» et/ou «une attitude morale qui insiste sur les nécessités de la vie et de l’action et sur les compromissions nécessaires avec des principes trop strictes».

En d’autres mots, c’est poser des actions concrètes et directes afin de réclamer justice face à une situation qui nous apparaît, grosso modo, injuste.

Voici donc pourquoi ce n’est pas fait pour vous.

Vous ne connaissez pas bien votre produit.

Quand on est activiste, «pourquoi» ne se répond pas par un simple «parce que»; ce n’est pas crédible. Pour convaincre quelqu’un et le mettre dans notre poche, il faut être convaincant et pour cela, il faut avoir des arguments.

Vous connaissez votre principale source de B12 (levure nutritionnelle, je t’aime), vous pouvez nommer quelques sources de protéines et vous savez que la production massive d’animaux de consommation est mauvaise pour l’environnement.

À quoi sert la fucking B12? De quelle quantité de protéines avez-vous besoin dans une journée? Pouvez-vous en nommer 10, vite de même? Dans quelle proportion les animaux d’élevage émettent plus de gaz nocifs que les voitures? Combien de livres de grains pour faire une livre de steak? Est-ce que la longueur du tube digestif de l’homme est comparable aux animaux carnivores ou omnivores et il mesure combien?

Personnellement, mon cerveau n’a pas la place pour emmagasiner toutes ces infos. C’est peut-être le mama brain.

Ou pas.

Vous n’aimez pas la confrontation.

Débattre avec des amis le samedi soir un verre de vin à la main est généralement sain et respectueux, mais le climat lors d’une manifestation est beaucoup plus cru, voire rageur. Il faut vous attendre à confronter vos réfractaires. Après tout, si votre cause n’a pas d’adversaire, est-ce vraiment une cause..?

Vous allez tenir votre bout, vous allez croisez des gens qui croiront mordicus en leurs idées…Ainsi va la vie.

Être activiste, c’est cool.

À une époque, la cigarette était cool.

Le fluo aussi.

Ça ne fait pas à tout le monde.

Ai-je besoin d’en ajouter?

Vous vous fatiguez rapidement de répéter la même chose.

En tant qu’activiste vous devez répéter le même message, les mêmes arguments aux mêmes personnes. Ça peut finir par donner le sentiment que vous roulez une grosse boule de merde en haut d’une montagne, tu seul. Agréable, non?

Le juste milieu

Sachez que ce n’est pas parce que vous ne vous promenez pas seins nus avec un message percutant écrit en faux sang sur votre chest dénudé que vous n’êtes pas activiste.

Pour ma part, je préfère être une influence silencieuse, quasi sournoise. Je répond aux questions qu’on me pose, mais sans rien imposer. Vous connaissez la technique élaborée par des psys du parler au Je? Je raconte mon histoire, j’y vais au meilleur de mes connaissances sur le sujet et je reste respectueuse.

Bon d’accord, j’ai déjà envoyé chier mentalement une fille qui, lorsque j’avais expliqué que mon végétalisme partait de mon expérience en abattoir, m’avait répondu «ben en tout cas, mon père avait un abattoir, pis c’était ben correct».

Resting Bitch Face

Je vis très bien avec le fait que je ne suis pas faite pour manifester ou passer dans une émission de télé où l’animateur n’arrête pas de couper la parole à ses invités (sans rancune Denis). Et c’est très bien comme ça. Blogger est ma façon d’être activiste.

Dans le fond, être activiste, c’est embrasser une cause, s’informer des aspects qui nous touchent et nous motivent et appliquer les principes dictés par la dite cause dans notre quotidien.

Bref, ne vous flagellez pas de préférer rester dans votre salon avec Ben et Jerry. Il a des gens excellents pour crier le message à tue-tête aux masses et pour déranger les esprits.

À mon avis, la meilleure des stratégies est parfois de justement diversifier sa stratégie…À une époque, activiste rimait avec bruyant, mais je ne crois plus que ce soit le cas.  Étant donné que la réponse de tout un chacun face au changement est différente et potentiellement évolutive, n’est-ce pas utopique de croire qu’une seule stratégie réformera les esprits?

Non, bien évidemment.

Je crois que les gens qui ont le courage et l’énergie de sortir dans les rues, de faire des chaines humaines devant les abattoirs, ont leur place. Cependant, cela ne fait pas d’eux de meilleurs végétaliens.

On a aussi besoin de gens volontaires dans les refuges et les sanctuaires d’animaux, de gens qui écrivent à leur député et lancent des pétitions, de critiques sur les réseaux sociaux, de dénonciateurs qui veulent poursuivre les corrompus, mais aussi de Rémi, Colette, Dieudonné et Bob-Orvide qui ont simplement décidé de boycotter, sans faire de cérémonies…

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